LA CREATION

 

         

 

« Ailleurs, toujours … » ces deux mots expriment le fil conducteur de mon travail depuis ses débuts. Il y est toujours question d’un Orient imaginaire, intériorisé, idéalisé;
de villes accueillantes aux murs de velours, de palais en cachemire de laine, dans lesquels on aimerait se blottir; de femmes aux costumes somptueux, chargées d’étranges bagages pleins de secrets ou portant leurs enfants comme des bijoux; de petits êtres dansants, d’animaux-amis aux gestes tendres…

Jamais une droite, jamais un contraste violent de couleurs. Le tissu m’en défend. La ligne courbe s’impose et exprime tantôt la tendresse, tantôt une langueur toute sensuelle. Couleurs et motifs se complètent, et je les fais s’entendre parfaitement grâce à de légères patines au pinceau.
S’il fallait résumer en un mot l’intention sous-jacente, obsessionnelle et continue de mon travail, ce serait le « lien ». Les tissus réunis, assemblés, se côtoient et se parlent;
la ficelle qui attache, resserre et noue, permet des accumulations d’objets mystérieux qui s’inventent des histoires. La juxtaposition de petites pièces, réalisées séparément, provoque des rencontres inattendues, et la magie opère. Un univers insolite, chaleureux et attirant prend vie et se révèle. La technique laborieuse et délicate disparaît,
ne reste que l’émotion.


A propos de technique.
Dans le stock de l’atelier familial, outre des merveilles de soies brochées, de velours chamarrés et de mille et un tissus d’ameublement, j’ai découvert deux matériaux
qui ne s’effilochent pas et permettent ainsi les courbes les plus audacieuses : la toile de jute enduite dont je me sers comme support, et le molleton de coton qui est devenu
depuis deux ans mon matériau préféré. D’une douceur extraordinaire, je le colore avec des pigments d’ocre, je le rigidifie avec du sable et un liant, je le couds à gros points,
je le rembourre, le ligature, le peins et le patine. Les œuvres ainsi réalisées semblent sortir d’un coffre oublié dans une yourte d’Asie Centrale.


Ma vie.
Je suis née dans un atelier de tapissier-décorateur. Mes premiers jouets furent des chutes de tissu, des ciseaux et des aiguilles. A 22 ans je sors des Beaux-Arts de Mulhouse
avec le DNSEP. Trois ans plus tard, CAPES d’arts plastiques en poche, j’enseigne en Bourgogne et dans le Vaucluse. EN 1988, à 27 ans, je fais de l’art textile ma profession.

Depuis, de commandes en expositions et en salons de créateurs, je vis de mon art et persiste à ne rien faire d’autre, pour être en permanence en « état de création »,
perméable au moindre souffle d’émotion à offrir.


Catherine BIHL  Septembre 2014


 

 

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